"La maternité n'est pas la seule forme d'être en laquelle se révèle à quel point c'est justement la physiologie de la femme qui contient les germes de son développement le plus souverain, par–delà le simple érotisme, jusqu'à une humanité plus générale. Un second type de féminité en lequel on célèbre également le symbole suprême de l'amour, dans un caractère qui apparemment surmonte l'érotisme, s'est fixé sous l'image de la Madone. Même s'il est vrai que la possession de la vierge par le dieu, aux temps les plus anciens, a pu ensuite être intégrée aux intrigues du clergé, il est toutefois indubitable qu'elle est née du besoin de soumettre la sexualité à ce qu'approuve et sanctifie la religion, et, même lorsque se sont greffés sur elle des rites orgiaques, de l'élever, en tant que sacré, au–dessus des besoins de l'individu. En effet, cette conception primitive de la Madone semble se rapprocher de celle que nous faisons actuellement de la prostituée : du don de soi sans possibilité de choix, ni même de plaisir, autrement dit, du don de soi en vue d'objectifs profondément étrangers à l'érotisme. Le type de la prostituée et le type de la Madone se ressemblent sur ce point à peu près comme la caricature et son modèle vivant, ou se touchent dans leurs extrêmes ; mais ce qui les rend possibles, l'un comme l'autre, c'est déjà le même principe qui donne à la femme vocation d'animal porteur de vie, d'animal maternel : son corps, pour autant qu'il porte l'enfant à naître, en tant que temple du dieu, ou que théâtre et lieu vénal de la sexualité, devient l'expression faite chair, le symbole de cette passivité qui rend la femme également apte à dégrader l'acte sexuel ou à le transfigurer."




Lou Andreas Salomé, in "L'érotisme"

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